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L'ÉCONOMIE DÉFINIE (ATELIER PAUL FABRA)

Rédigé par Sortir de la CRISE par le HAUT

"La seule voie libératrice qui nous soit ouverte est de ramener le système économique — et politique — à l’objectivité. Il cesserait alors de faire pression sur nous, à chaque moment de notre existence, par des procédés d’action psychologique propres à nous suggérer des besoins qui nous enchaînent. Enfin, délivrée des continuelles sollicitations de la propagande d’État ou de l’appareil commercial et publicitaire, l’imagination pourrait se déployer en toute liberté dans l’univers qui lui est propre (l’art, l’amour, les loisirs). C’est en restituant la vie sociale à la rationalité, c’est-à-dire au réel, qu’on pourra à nouveau ouvrir en grand le champ des possibles là où un tel champ existe pour de bon".
Paul Fabra, L’anticapitalisme / Essai de réhabilitation de l’économie politique, p. 33 de la première édition (1974, Arthaud), p. 37 de la seconde édition en français (1978, Flammarion).

Je viens de relire cette phrase de Paul Fabra, journaliste "économie et société" et philosophe, dont le travaux sont aujourd'hui continués par mes amis de "L'Atelier PAUL FABRA"www.atelierpaulfabra.org/

Si j'avais connu cette phrase en 2012 je l'aurais évidemment mise, seule, en exergue de notre livre "SORTIR de la CRISE par le HAUT" (Éditions de La Hutte - 2012)... mais, à la réflexion, après ça comme résumé qu'aurions-nous pu dire de plus? C'est très ramassé, mais tout y est, ou presque !
Visitez la page <http://www.atelierpaulfabra.org/InPar> , inscrivez-vous, et vous verrez comment nous pouvons en sortir... au prix d'un travail de longue haleine, mais pour notre réelle "libération" de l'asservissement systémique que nous subissons des hiérarchies traditionnelles politique, sociale et économique !

Avec l'autorisation de Dominique Michaut, secrétaire général de l'Atelier Paul Fabra, voici une copie de la page < http://www.atelierpaulfabra.org/InPar > qui est le début du travail important de cet atelier pour spécifier ce que pourrait être "L'ÉCONOMIE DÉFINIE".

Ce texte est reproductible aux conditions habituelles : citer in extenso le site et l'auteur, ne pas modifier, prévenir le site < www.atelier paulfabra.org >

Le pari

Le texte ci-dessous est le début d’une introduction à l’économie définie. Les dix paragraphes et sept notes de bas de page qui le constituent traitent d’une affaire qui ne se juge consciencieusement qu’en l’examinant à plusieurs reprises. Entrer dans son instruction sans lire les notes de bas de page suffit cependant à procurer une première vue d’ensemble. D’autres textes en cours d’élaboration viendront à la suite de ce début. DM, décembre 2013

Les échanges sociaux

Nos dictionnaires les plus diserts rendent compte de la variété des échanges entre les hommes.[1] Les échanges de propos suivent souvent les échanges de poignées de main et en certaines occasions de cadeaux. Les affinités se cultivent par des échanges de marques d’affection. Les sports par échanges de balles ont leurs adeptes et leurs champions. Les échanges d’intentions scellent les mariages et bien d’autres contrats. Des échanges d’accusations ponctuent presque toujours l’exécution de ces engagements. Les militaires et les gardiens de l’ordre font profession de devoir échanger des coups le cas échéant. La politique se règle pour beaucoup par des échanges de promesses contre des voix. Etc.

Et dans l’ensemble des échanges sociaux, voici que trône de fait le sous-ensemble des offres en contrepartie d’argent. Les bienfaits que ce sous-ensemble procure et les préjudices qu’il inflige le font dominant.

Les échanges économiques

Pour la vente d’un service ou d’un bien, le législateur a rendu la contrepartie monétaire non refusable ou même parfois obligatoire.[2] Quand un troc est effectué, aucun des deux objets échangés n’est une quantité d’argent. L’utilisation de la monnaie revient néanmoins au même que si le troc pouvait être universel : les services et les biens vendus sont finalement échangés entre eux et uniquement entre eux. Cette loi naturelle est inviolable. Des échanges sociaux portent sur les services et les biens cessibles les uns contre les autres, le plus souvent par l’intermédiaire d’une quantité de monnaie. L’ensemble qui a pour seuls éléments ces échanges, trocs compris, présente la propriété remarquable d’être strictement définissable.

Bien qu’il y ait de fortes raisons de dire de ces échanges et d’eux seuls qu’ils sont marchands, qualifions-les ici seulement d’économiques. Faisons grand cas de ce que cette qualification procure : la nette délimitation dans l’univers des échanges sociaux de ceux qu’il est convenu de dire économiques et de ceux-là seuls.

Les transferts économiques

Des dons, les impôts et la plupart des vols sont eux aussi des actes économiques. Le mot « transfert » convient bien à leur étiquetage générique.[3] C’est toutefois à trois conditions. Primo, la permutation de propriétés étant propre aux échanges économiques, il doit être convenu d’apposer l’étiquette « transfert » quand en première instance il y a un changement de propriétaire et non pas deux comme dans un échange économique. Secundo, l’expression « revenu de transfert » doit être vue comme étant contradictoire. Uniquement qui travaille en échange d’un salaire et, ou, place en échange de la perception d’intérêts ou de bénéfices est titulaire d’un revenu proprement dit. Tertio, il est cohérent de qualifier d’économiques les seuls transferts qui portent sur un objet pouvant être l’un des deux termes d’un échange économique : de l’argent, un bien, une prestation de service.[4]

Appeler « revenu minimum » ou « revenu de solidarité » une allocation montre que la confusion entre transferts et échanges est préjudiciable. Percevoir un secours et recevoir une lettre d’embauche ne reviennent jamais au même. Atténuer la différence est injuste à l’égard de ceux qui s’appliquent à soulager la collectivité de leur poids. Un revenu est une chose, une subvention en est une autre. Les échanges économiques sont des actes différents des transferts eux aussi économiques.

L’économie définie

Dès lors que les vocables « échange économique » et « transfert économique » sont reçus dans leur sens le plus précis, l’accès à un champ d’étude et de prescription est libéré. Là se trouve ce qui est spécifique à ces échanges et ces transferts, exclusivement. Cette restriction à l’appui, nous disons de ce champ qu’il est celui de l’économie définie.

Scandaleusement à première vue, toute spéculation sur la condition humaine est exclue de ce champ. La prise en compte des caractéristiques communes aux échanges sociaux et plus largement à toutes les activités humaines l’est également. La culture d’une philosophie sociale et d’une sociologie, aussi éminemment nécessaire à l’élection d’affinités qu’elle se révèle être, n’a pas un morceau de son terrain dans ce champ. Des usages non explicitement métaphoriques de locutions n’y ont pas davantage leur place : en sus de « revenu de transfert », « économie de la connaissance », « capital humain », « économie de la santé », ainsi que tout autre véhicule d’une contradiction préjudiciable à l’économat de bon aloi. Ces exclusions sont apparemment vétilleuses et rétrogrades. Elles font toutefois grand cas de l’avertissement d’Albert Camus : Ne pas nommer les choses correctement ajoute au malheur du monde. Mieux désigner affûte l’instrumentation de la médecine des cancers qui détraquent à la fois le libéralisme et le socialisme économiques après avoir été introduits dans le corps social par des façons complaisantes de voir et de dire.

Le pari libérateur

Une objection au projet de l’économie définie s’impose d’elle-même. L’expression « abstraction réductionniste » l’épingle. Les hommes se livrent à toutes leurs activités avec le mélange complet de ce qui les fait jour après jour ainsi qu’en interaction constante avec le milieu dans lequel ils se trouvent. C’est indéniable et rien ne justifie de repousser le constat que les mentalités influent beaucoup les pratiques des échanges et des transferts économiques. La discipline d’étude et de prescription que l’économie définie constitue n’en doit pas moins être vue comme étant un pari. Une génération qui s’adonnera largement à cette discipline améliorera sensiblement ce qu’il est depuis longtemps usuel au quotidien d’appeler « l’économie ». Pour ce faire, elle rompra peut-être avec ses devancières qui à la suite de leurs lectures préjugées d’Adam Smith ont postulé l’obtention du plus grand bien commun par les intérêts particuliers sous la férule de la concurrence. Plus assurément, elle sera sélective dans ce qu’elle retient sur ce qui est propre aux échanges et transferts économiques. Elle se départira de la crainte d’un appauvrissement philosophique et scientifique du fait de cette sélection. Au contraire, elle constatera la voie de l’économie définie libératrice de possibles refoulés et de féodalités renaissantes.[5]

Des sciences et techniques ont gagné et continuent à gagner ce genre de pari. Ce fut et cela reste chaque fois au moyen d’un corps de concepts avec à sa tête logique une spécification stricte de son objet.[6] Si pour l’économie définie le pari est gagnable, alors à coup sûr il ne deviendra collectivement gagné que par ceux qui auront travaillé à le montrer et le faire reconnaître, initialement parce qu’ils auront trouvé en eux la liberté de se livrer à ce labeur — telle est la mise initiale du pari de l’économie définie.[7]

1974 — 2014

[1] Quand il est ci-après question d’échanges sociaux, il est entendu qu’ils sont entre les hommes ou des hommes de tout genre. Ces échanges ne sont eux-mêmes qu’un sous-ensemble de ceux qui se produisent entre les êtres vivants et avec leur environnement. Au demeurant, quelles transformations biologiques ne sont pas réglées par des échanges physico-chimiques ? Et quelles transformations physiques ne le sont pas par des échanges thermodynamiques ? Où de la réciprocité est-elle moins déterminante du cours des évènements que de l’unilatéralité ? Au commencement serait le don. Peut-être, mais après quelle profusion de transformations par des échanges en cascades et en boucles !

[2] Sur un territoire, une monnaie a un cours légal quand son pouvoir libératoire a été juridiquement fait si général que personne ne peut refuser l’acquittement d’un dû par cession d’une quantité de cette monnaie. En France comme en d’autres pays, il est devenu de règle générale que les salaires ne soient acquittables que par chèque ou virement bancaire.

[3] Nos dictionnaires donnent pour premier sens au mot « transfert » : action de déplacer quelqu’un ou quelque chose d’un endroit à un autre. Dans le vocabulaire juridique, « transfert » désigne l’action de transmettre un droit de propriété. Plus-values et moins-values sont des transferts bien qu’ils résultent d’échanges. L’établir et en tirer les conséquences principales font partie de ce que l’économie définie procure, au rebours de ce que la doxa aujourd’hui en vigueur masque.

[4] Pour exemple de transfert économique par prestation de service : l’agriculteur qui fait usage d’un tracteur avec un équipement ad hoc pour dégager bénévolement de la neige de la voie publique. Autre exemple : les particuliers et les associations qui s’astreignent à la corvée elle aussi bénévole du ramassage de détritus dans un lieu de promenade, sur une plage ou une aire de jeu. Ces prestations sont de nature à pouvoir être vendues à un organe public ou un autre propriétaire. L’impôt est un transfert : ce qui a été possédé par un contribuable devient la propriété du trésor public. Les cotisations à un régime de retraite dite par répartition sont des transferts : ce qui était possédé par les cotisants devient en première instance la propriété du régime qui, après ponction de frais de gestion, utilise ce prélèvement pour servir des pensions viagères ; les générations cotisantes sont aux générations ainsi pensionnées comme des enfants qui subviennent à leurs parents, ce qui est différent de ce qui se passe pour les retraites dites par capitalisation ; ces dernières sont en fait par échanges économiques et non pas par transferts économiques. Mais ce dernier point n’est pas soutenable en ces termes par qui campe dans un refus, par des partis pris ayant bien entendu leurs raisons d’être. Ce refus est celui de faire entrer les profits des entreprises, et partant les dividendes, dans un échange économique entre les placeurs en capital et les exploitants de ce placement. L’économie définie montre que ce refus refoule une reconnaissance qui assainit considérablement le système des échanges économiques : voir, en prenant le temps de bien s’en imprégner, les argumentations de cet assainissement en propositions premières de science économique et en propositions majeures de politique économique.

[5] La seule voie libératrice qui nous soit ouverte est de ramener le système économique — et politique — à l’objectivité. Il cesserait alors de faire pression sur nous, à chaque moment de notre existence, par des procédés d’action psychologique propres à nous suggérer des besoins qui nous enchaînent. Enfin, délivrée des continuelles sollicitations de la propagande d’État ou de l’appareil commercial et publicitaire, l’imagination pourrait se déployer en toute liberté dans l’univers qui lui est propre (l’art, l’amour, les loisirs). C’est en restituant la vie sociale à la rationalité, c’est-à-dire au réel, qu’on pourra à nouveau ouvrir en grand le champ des possibles là où un tel champ existe pour de bon. Paul Fabra, L’anticapitalisme / Essai de réhabilitation de l’économie politique, p. 33 de la première édition (1974, Arthaud), p. 37 de la seconde édition en français (1978, Flammarion) ; plus sur ce livre à partir de /anticapitalisme et/1974. L’économat en contrepoison de l’économisme est libérateur. Les élus économes des deniers publics rendent l’air du temps plus respirable que leurs consorts prodigues aux frais d’autrui. En France et bien d’autres pays, le plus grand nombre des premiers fera beaucoup de l’amélioration procurée par l’économie définie. Encore faudra-t-il que cette dernière soit largement enseignée pour être pourvoyeuse de ce plus grand nombre et faire ce dernier résolu à mettre en application cette leçon lapidaire et indémodable d’Einstein : On ne règle pas les problèmes avec ceux qui ont contribué à les créer.

[6] Jean-Paul Sartre a préconisé d’appeler « concept » une définition en extériorité et (…) atemporelle, « notion » une acception en intériorité et qui (…) comprend en elle-même son propre temps. Autrement dit : appelons « concepts » les constats indémodables, « notions » les autres idées. Suivons Sartre sur ce point, comme Paul Fabra l’a fait (p. 65 ou 73 du livre que la précédente note de bas de page commence par citer). Par les considérations qui viennent d’être exposées, de la notion d’économie s’extrait le concept d’économie définie. D’autres notions quotidiennement utilisées s’extraient des concepts qui rendent féconde la culture du champ de l’économie définie. Ne faire de la politique et de la gestion qu’avec des concepts ne se peut pas. Le faire avec des notions et trop peu de concepts idoines engendre des échecs.

[7] Cette liberté consiste pour beaucoup à s’approprier des concepts et à en faire jouer les articulations contre l’usage qui admet encore que telles et telles notions sont assez conformes aux faits (sur la distinction entre concepts et notions, note précédente). Ce contre s’impose d’autant plus qu’il s’agit de notions utilisées pour procéder à des schématisations et quantifications dont il faut pourtant garder constamment présent à l’esprit qu’elles ne sont jamais en elles-mêmes des attestations de réalité — d’où l’adage : « on peut tout faire dire aux schémas et aux chiffres, y compris parfois la vérité » ; dans les schémas se prêtant à des quantifications il y a ce qu’il est convenu d’appeler en économie les modélisations. Les inconforts de ce non-conformisme commencent inévitablement par être plus souvent répulsifs qu’attractifs, même quand l’économie va de plus en plus mal ou qu’elle cause de plus en plus de nuisances.

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