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LE PROGRÈS par L'INDIVIDUATION

4 Juin 2013 , Rédigé par Sortir de la CRISE par le HAUT

Ce matin Frederic Lebateleur a partagé sur la page Facebook de notre Groupe, une réflexion qui nous semble importante car elle pose enfin les problèmes autrement. Elle nous interroge sur le sens et la possibilité du Progrès, idéal des Lumières qui, généralement accepté comme une évidence de l'Humanisme et donc rarement mis en cause, pourrait paraître aujourd'hui comme incongru, obsolescent, ou encore impossible.

Nous allons travailler avec lui sur ce thème et nous invitons ici tous ceux que cela intéresse et qui ont tenté d'y réfléchir "en dehors des rails de l'habitude culturelle et morale" à participer à cette réflexion commune.

Je désire signaler ici un premier élément qui me semble pertinent: c'est le travail de Thierry Crouzet dans son essai "L'ALTERNATIVE NOMADE". Je pense plus particulièrement, dans le cadre de la réflexion de Frederic Lebateleur, à son analyse de la différence, de l'opposition même, entre INDIVIDUALISME et INDIVIDUATION.

Je préfère le laisser nous en parler lui-même, en citant ici le chapitre 30 de son livre, avec ses références. J'encourage tous ceux qui voudront participer à notre travail sur ces thèmes à le lire en entier car beaucoup d'autres sujets y sont évoqués et touchent directement au changement de paradigme sociétal qui nous intéresse.

L’individuation

Extrait de: Crouzet, Thierry. « L'alternative nomade. » publie.net, 2011-02-01. iBooks.

(Chapitre 30 in extenso). Ce contenu est protégé par des droits d’auteur.

"SI MAXIMISER l’interdépendance maximise la liberté, la réciproque est aussi vraie : réduire l’interdépendance minimise la liberté.

Par exemple, si nous coupons le lien avec notre boulanger, nous devons pétrir et cuire notre pain (nous ne sommes plus libres de ne pas le faire). Plus nous coupons de liens avec la diversité environnante, plus nous devons faire nous-mêmes, nous finissons par faire exactement la même chose que tous ceux qui coupent les liens, ne serait-ce que pour répondre à nos besoins élémentaires.

Dans le domaine culturel, si je décide de ne plus lire les écrivains parce qu’ils m’ennuient, je m’enferme dans un monde à l’imaginaire étriqué, avec les millions d’autres qui ont effectué le même choix que moi.

De même, si je suis habité par la croyance que des forces transcendantes régissent le monde, je peux choisir une religion. Ce faisant, je me coupe des autres religions et me prive d’un immense réservoir de sagesse.

En coupant les liens, en nous libérant des autres, nous réduisons nos possibilités existentielles. En apparence plus libres, parce que moins dépendants, nous renonçons à nous singulariser. Au final, nous sommes contraints d’effectuer les mêmes gestes que tous que tous ceux qui ont comme nous coupé les liens. Notre liberté n’est plus que théorique. Elle se résume à la liberté d’imiter les autres.

L’expérience de l’ascenseur illustre cette situation[14]. Un homme entre en premier dans une cabine et attend qu’elle démarre. D’autres passagers, les expérimentateurs, entrent alors et tous regardent le fond de la cabine. Après quelques secondes, le premier passager se retourne et regarde lui aussi le mur du fond. Cette scène filmée par une caméra cachée est hilarante, d’autant qu’elle se reproduit à l’identique avec différents candidats ou candidates.

Certains en déduisent que nous n’avons aucune capacité à résister à la pression du groupe. À vrai dire, si tout le monde regarde un même point c’est suffisamment intrigant pour que nous ayons envie de comprendre ce qu’il y a d’aussi captivant. On peut expliquer la réaction du premier passager par la simple curiosité. Ça ne révèle en aucune manière une tare humaine qui serait à tout jamais débilitante.

Et puis, imaginez que le premier passager connaisse les nouveaux venus. Ils auraient commencé à se parler, jamais ils ne se seraient imités les uns les autres. Cette expérience ne fonctionne que parce que le cobaye et ceux qui cherchent à le piéger n’ont pas tissé entre eux de liens. Elle prouve que l’absence de lien diminue notre humanité. Ce n’est que dans cette situation que nous sommes influençables, de véritables moutons de Panurge.

Nietzsche écrivit : « Il ne s’agit pas de marcher devant (ce qui revient tout au plus à être le berger, c’est-à-dire ce dont le troupeau a le plus besoin), il s’agit de savoir aller son propre chemin, de savoir être différent. » Par opposition, l’individualiste fait exactement comme tous les autres individualistes, achète les mêmes produits, regarde les mêmes séries TV, s’informe aux mêmes sources, il ne se singularise pas, il ne s’individualise pas comme disent les philosophes.

Leibniz a défini l’individuation comme « l’ensemble des qualités particulières qui constituent l’individu, par opposition à l’espèce[16]. » Il ne faut pas alors confondre individuation et individualisme. Si nous nous enfermons dans notre moi, si nous ne pensons qu’à nous regarder nous-mêmes, nous ne faisons que ressembler à tous les égoïstes. Nous ne nous individuons pas, bien au contraire.

S’individuer, c’est suivre son proche chemin, c’est prendre la route. Sans liberté, il ne peut exister d’individuation. La liberté est une condition préliminaire à l’individuation."

"Plus je trace de liens, plus je complexifie le monde,

plus je me libère, plus j’ai de chance de m’individuer. »

Extrait de: Crouzet, Thierry. « L'alternative nomade. » (Chapitre 30) publie.net, 2011-02-01. iBooks. Ce contenu est protégé par des droits d’auteur.

Consultez ce livre sur l’iBookstore : https://itunes.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewBook?id=429641822

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